Le poème est voyage. Le poème est retrouvailles, sous la conduite de ses guides,
sorcières, sirènes, chanteurs, augures danseurs, poètes chamans, dont les voix
résonnent, aujourd’hui même depuis des millénaires. Meng Ming, poète né en Chine
sur l’île de Hainan, reprend le trajet. Pour continuer à vivre, il adresse aux
compagnons de voyage, dont nous sommes, un récit obstiné, sombre, moqueur,
savant, embrouillé. Obstiné et savant parce que lui-même l’est, embrouillé parce
que les souvenirs le sont, moqueur et sombre parce que des menaces planent.
Réelles, parfois mortelles. Face à la peur, dont les racines « poussent jusqu’à
recouvrir l’œuvre elle-même », face au danger, à « ces gens qu’on distingue
là-bas », le poème tend ses ailes, ou même, si l’on ose dire, tire la langue. La
parole résonne, « rauque, mais claire », vivante et en mouvement. Chaque poème,
issu d’une pensée vaste et d’un long parcours, livre un moment neuf et limpide.
Jean-Baptiste Para,
Directeur de la collection D’une voix l’autre