Dans les vestiges des grands pins ponderosas d'Oregon pousse le matsutake, un
champignon qui compte parmi les aliments les plus chers au monde. C'est le point
de départ de cette enquête qui transforme un paradoxe en outil d'exploration :
en suivant la piste de ce champignon rare, Anna Tsing décrypte la dynamique de
notre monde au bord de la destruction au moyen d'outils conceptuels neufs. Bien
plus qu'une métaphore, le matsutake est une leçon d'optimisme dans un monde
désespérant.
Ce n'est pas seulement dans les pays ravagés par la guerre qu'il faut apprendre
à vivre dans les ruines. Car les ruines se rapprochent et nous enserrent de
toute part, des sites industriels aux paysages naturels dévastés. Mais l'erreur
serait de croire que l'on se contente d'y survivre.
Dans les ruines prolifèrent en effet de nouveaux mondes qu'Anna Tsing a choisi
d'explorer en suivant l'odyssée étonnante d'un mystérieux champignon qui ne
pousse que dans les forêts détruites.
Suivre les matsutakes, c'est s'intéresser aux cueilleurs de l'Oregon, ces
travailleurs précaires, vétérans des guerres américaines, immigrés sans papiers,
qui vendent chaque soir les champignons ramassés le jour et qui termineront
comme des produits de luxe sur les étals des épiceries fines japonaises. Chemin
faisant, on comprend pourquoi la " précarité " n'est pas seulement un terme
décrivant la condition des cueilleurs sans emploi stable mais un concept pour
penser le monde qui nous est imposé.
Suivre les matsutakes, c'est apporter un éclairage nouveau sur la manière dont
le capitalisme s'est inventé comme mode d'exploitation et dont il ravage
aujourd'hui la planète.
Suivre les matsutakes, c'est aussi une nouvelle manière de faire de la biologie
: les champignons sont une espèce très particulière qui bouscule les fondements
des sciences du vivant.
Les matsutakes ne sont donc pas un prétexte ou une métaphore, ils sont le
support surprenant d'une leçon d'optimisme dans un monde désespérant.