Dormir répond, au-delà du besoin ou de la nécessité, à un désir. La psychanalyse
nous apprend que ce désir dépasse les limites de la chambre à coucher pour
happer ceux qui traversent leur journée dans une rêverie destinée à amortir le
choc de la réalité brute. Les frontières du sommeil et de l’éveil, bousculées
par Freud, seront plus radicalement chahutées par Lacan qui se demande s’il est
même possible de se réveiller.
Si la nuit a ses mystères, les multiples façons de passer ses jours dans la
torpeur de l’ennui ou dans l’épaisseur du délire nous confrontent à une
existence paradoxale dont le désir de dormir est un des noms. À la jonction de
la vie et de la mort, ce désir de dormir est peut-être une des expressions les
plus manifestes de notre manière de nous défendre – de la jouissance, de la
douleur, du choc du vivant. Il s’impose comme l’expérience la plus commune et la
plus singulière.
Deborah Gutermann-Jacquet est psychanalyste, membre de l’École de la Cause
freudienne. Directrice de la revue Ornicar ?, elle enseigne au département de
psychanalyse de l’Université Paris 8. Son premier livre, Les Équivoques du
genre, devenir homme et femme à l’âge romantique a paru en 2012 aux Presses
universitaires de Rennes.
Préface de Jacques-Alain Miller.