"J'ai tenté de regarder la poésie arabe sous un angle strictement esthétique qui
dépasse les points de vue historique et sociologique sans toutefois nier leur
importance ou leur rôle. La poésie puise sa propre valeur de l'intérieur : de la
puissance, la richesse aussi bien de l'expression que de l'expérience. Ainsi,
l'on ne peut considérer la poésie comme une attestation historique ou
sociologique. C'est une voix qui se suffit à elle-même. Qu'Imru'u al-Qays et
bien d'autres aient chanté la nuit du désert ou tel ou tel autre thème n'est pas
important en soi. L'important est la façon dont ils l'ont chanté. Comment avec
un événement ponctuel ont-ils pu atteindre l'universel ? Son expression
conserve-t-elle encore la chaleur, la profondeur et la sensibilité de la
création ou l'environnement actuel, historique et sociologique, a-t-il terni
cette voix ? Aussi ai-je opté pour le fil qui va d'un poète à l'autre, celui qui
nous conduit vers l'individu avant la société, la création avant l'histoire, la
poésie avant le thème poétique. J'ai également privilégié le poète qui se
caractérise par une voix singulière, la sienne. En particulier, si cette voix
est justement celle d'une langue riche, poétique et qui n'obéit qu'à sa propre
nécessité interne, loin de toute imitation, toute répétition ou appartenance à
l'expression commune." Adonis.