L'un des dramaturges les plus représentés en France, aujourd'hui, est sans doute
celui qui bouleverse le plus radicalement les certitudes théâtrales, se jouant
des règles comme du caractère des personnages ou de la conduite de l'intrigue.
C'est que son projet est autre : pour lui, la scène où tout naît et s'accomplit
appartient au langage lui-même. En cela son aventure s'apparente à celle de la
poésie, puisque son écriture, où qu'elle se donne à entendre, affronte et
régénère la matière verbale, multiplie les questionnements, piège les
stéréotypes, pratique, non pas le dérèglement de tous les sens, mais la mise en
déroute du sens commun, de l'habitude dont les mots, les phrases et les discours
sont lestés. "Le drame de la vie", c'est celui d'Adam et de tous les hommes
engendrés à sa suite qui se demandent : "D'où vient qu'on parle ?" Valère
Novarina répond par une suite ininterrompue de vertiges, d'échos qui, de proche
en proche, prolifèrent, se changeant en rumeur de vocables et de signes, livrent
des énumérations sans fin, comme si la survie même du genre humain tenait à
cette prolifération en perpétuelle expansion. L'apparente gravité du sujet, les
énigmes et les abîmes soudain dévoilés se défient pourtant de toute
grandiloquence. Pour être irrémédiable, le drame de la vie n'en est pas moins
cocasse. Et le chaos, pour être lui aussi structuré comme un langage, peut être
décidément joyeux.