Comment saisir l’expérience poétique offerte par le théâtre au tournant des xxe
et xxie siècles ? Dans cet essai, Cyrielle Dodet théorise une forme-sens qu’elle
nomme le « poème théâtral ». Désireuse de s’affranchir d’une approche
essentialiste et figée de la poésie au théâtre ainsi que d’une lecture
générique, elle envisage l’énergie poétique de plusieurs textes dramatiques et
de créations scéniques selon une méthodologie intermédiale. Plusieurs traits
précisent ce poème : ses qualités médiales, sa performativité, sa valorisation
de l’écriture comme processus, son attention aux matérialités, sa radicalité et
sa façon de considérer l’impossible comme moteur théâtral. Traverser des textes
de Sarah Kane, Daniel Danis, Philippe Malone, Samuel Gallet, Jean-René Lemoine,
Tiago Rodrigues et Dany Boudreault montre comment des dramaturgies aimantées par
la poésie mettent en jeu leur écriture entre transparence et opacité. Analyser
certaines créations scéniques de Rébecca Chaillon, François Tanguy, Phia Ménard,
Alice Laloy, Claude Régy, Guy Cassiers ou encore Baro d’Evel souligne combien la
poésie au théâtre a partie liée avec les corps, les espaces, la matière sonore,
les lumières, les objets, tous étant travaillés dans des densités matérielles et
performatives qui se développent et se métamorphosent en lien avec la langue,
mais aussi en dehors de ses logiques sémantiques, voire logocentrées. Par son
approche croisée de textes théâtraux et de créations scéniques du spectacle
vivant, cet essai précise ce que le poème théâtral propose au lecteur et au
spectateur comme expérience esthétique.