« D’où vient ma passion pour cette langue qui fonctionne pour ainsi dire à
l’envers de la nôtre, et pour la civilisation dont elle est le vecteur ?
Pourquoi me consacrer à une tâche impossible, paradoxale, consistant à effacer
les sons, l’écriture, et jusqu’à l’arrière-plan culturel d’un texte, pour
reconstruire à partir de ces ruines avec une langue aux paradigmes si différents
?
Pour répondre à ces questions, j’ai entremêlé éléments fondateurs de ma vocation
de traductrice et réflexions nées d’une longue pratique. Chemin faisant, j’ai
tenté de décrypter les sensations liées à cette activité : frustration de ne
pouvoir tout transmettre, joie de la création nichée dans la part du texte
original qui irrémédiablement résiste, vertige addictif du décentrement,
analogue à celui que procure le voyage… »
Corinne Atlan