Machrab, né en 1657 au Ferghana, l'actuel Ouzbékistan, a beau être mort au début
du XVIIIᵉ siècle à Samarkand, il est toujours bien vivant, présent et errant
dans toute l'Asie centrale sous divers avatars : derviches itinérants, conteurs
publics ou poètes et bardes anonymes qui dans les villages, les bazars, les
maisons de thé, colportent son histoire et le récit de ses errances. Mystique et
proscrit, Machrab, partout scandaleux, partout pourchassé, se consuma lui-même
tout vif, mais ses ghazals de révolte, poèmes dont le lyrisme incandescent
ignorait superbement toute règle religieuse ou poétique, sont aussi parfaits
qu'originaux ; ils ont continué sans trêve à enflammer l'imagination populaire,
et restent préservés dans le coeur et la mémoire des hommes d'Ouzbékistan.