"Au Cercle, les autres femmes parlent d'elle. Que se passe-t-il dans cette
existence ? Où la trouver ? On ne sait pas. Elle se plaît dans cette ville de
cauchemar. Eau qui dort, cette femme ? Que s'est-il passé à la fin de la
première année de son séjour ? Cette disparition que personne ne s'expliquait ?
Une ambulance au petit jour a été vue devant la Résidence. Tentative de suicide
? Ce séjour ensuite dans les montagnes du Népal est resté inexpliqué. Cette
maigreur à son retour fait peur. Pas d'autres différences ? Elle reste maigre,
c'est tout." Deux univers se rencontrent ici : la misère d'une jeune mendiante
enceinte chassée de chez elle et le petit monde fermé et propret de la
diplomatie. Une bulle protégée de l'odeur de pourriture de Calcutta dans
laquelle évoluent les ambassadeurs, les chargés de mission et le vice-consul. Ce
dernier a été mis au ban de la société européenne de Lahore pour y avoir commis
des horreurs. Dans une Inde imaginaire et moite, le lecteur accepte volontiers
de se perdre dans ce labyrinthe durassien. On y croise l'enfance de l'autrice,
l'atmosphère dérangeante de classes qui se scrutent et un ensemble de
personnages fantômes, enfermés, ou laissés de côté. On retrouve ce style unique
et poétique ; comme une anaphore qui rassure.