Après Les Ambassadeurs et Les Ailes de la Colombe, c’est à nouveau un
chef-d’œuvre de Henry James, mais cette fois datant de sa période médiane, quand
il est retourné aux États-Unis à la suite de la mort de ses parents, que Jean
Pavans retraduit pour le Bruit du temps. Comme l’écrit l’auteur lui-même dans
l’argumentaire qu’il présente à son éditeur en 1883 : « L’histoire se situe à
Boston et dans ses environs ; elle relate un épisode lié à ce qu’on appelle “le
mouvement des femmes”. » Basil Ransom, beau jeune homme désargenté venu du
Mississippi faire fortune à New York, rend une première visite à Boston à une
cousine fortunée, Olive Chancellor. Il l’accompagne à une réunion militante où
l’une des intervenantes est la jeune Verena Tarrant, fille d’un charlatan peu
recommandable mais dont la beauté et l’éloquence inspirée subjuguent
l’auditoire. Basil est aussitôt séduit par la jeune fille alors même qu’en
Sudiste convaincu il n’a que mépris pour les idées qu’elle professe. Mais Olive
Chancellor en a fait sa pro- tégée et l’a invitée à vivre sous son toit en lui
faisant promettre d’être fidèle à la cause qu’elles défendent toutes deux, Basil
Ransom aura donc fort à faire pour réussir à conquérir l’amour de la belle
Verena et à la tirer des griffes posses- sives de sa protectrice. La satire des
milieux progressistes et féministes fait sourire à chaque page (certains
critiques ont noté ce que James doit au Dickens de Martin Chuzzlewit), mais elle
n’est jamais cruelle. James éprouve autant de sympathie pour Olive Chancellor,
tenante des idées avancées du Nord, que pour le jeune Sudiste « réactionnaire »
qui exprime ses vues de manière joyeusement caricaturale. Il ne condamne pas non
plus le couple qu’Olive forme avec Verena, où il voit une de « ces amitiés entre
femmes qui sont si communes en nouvelle Angleterre ». Ce que James souhaite
fustiger, dans ce que la société américaine est devenue, à ses yeux, lorsqu’il
écrit son roman, c’est la publicité : les tentatives pour transformer en
spectacle monnayable le don naturel de la charmante Verena, comme cherche à le
faire le personnage de Mathias Pardon qu’il l’avait annoncé en ces termes : « Il
doit y avoir, indispensablement, un personnage de journaliste américain, dont
l’idéal est le reporter énergique. J’aimerais bafouer la vulgarité et la hideur
de la chose, l’invasion impudente de la vie privée, l’extinc- tion du concept
même de vie privée etc. » Rien de plus actuel !