Il est au onzième étage, à l'angle de Columbus Avenue et de la 81e rue. Dehors,
au-dessus des arbres, vent, tourbillons, fragments déchirés de journal en vol.
Dedans, les radiateurs de la chambre sont bloqués, brûlants, la télévision est
allumée en permanence, et la musique coule, vingt-quatre heures sur
vingt-quatre, dans tous les couloirs de l'hôtel. Pendant ce temps, un corps
brûle. Il a lu ces mots dans un livre : «Si quelqu'un pleure pendant la
crémation, le corps brûle moins vite.» Il imagine ce corps en feu dans le vide.
Il entend cette musique de fleurs artificielles qu'il confond avec celle des
couloirs. Il vit ce ralenti jusqu'à l'écoeurement. Il vomit. Il se répète cette
phrase et quelques autres dont il ne comprend pas le sens : « naître encore »,
ou bien « je connais cet endroit », ou bien « j'ai mangé un poisson de source ».
Ce qu'il veut, c'est sortir. Descendre, sortir. Se retrouver dans la rue. Avec
les chiens. Etre chien. Apprendre à écrire comme un chien fait son trou. Alors
il ouvre son cahier. Il apprend à écrire en prose. Il rédige un manuel de prose.
Derrière la porte la musique continue de couler. On dirait qu'elle est dans les
murs, ou le plafond, ou le papier du mur. Il écrit contre. Jean-Marie Gleize