Présente dans le récit historique et par là même souvent déréalisée, la guerre
est toujours considérée comme un moment inéluctable aux conséquences
inévitablement désastreuses. Prenant appui sur les trois grandes campagnes
menées aux frontières françaises par la monarchie du XVIIIᵉ siècle, Arlette
Farge saisit le conflit comme un objet spécifique, effet de mécanismes et de
dispositifs explicables, c'est-à-dire, contrairement à l'opinion reçue,
évitables. Elle inscrit la guerre dans des moments propres, retrouve sa scansion
singulière : le recrutement, les marches, le campement, les malheurs et les
ruines, la présence des femmes et leur désarroi... Fidèle à sa pratique, et à sa
passion, de l'archive, elle le fait en s'appuyant sur les mémoires anonymes, les
textes du quotidien et les correspondances retrouvées. Cette petite dramaturgie
de l'ordinaire vient, dans Les fatigues de la guerre, prendre son sens dans la
lecture tout à fait originale d'une suite de peintures peu connues de Watteau
sur le thème de l'engagement militaire.