Ce recueil d'épigrammes anonymes a été constitué par les Anciens eux-mêmes, vers
le Iᵉʳ siècle. Destinés à figurer sur les statues de Priape, ou les murs de ses
chapelles, ces poèmes légers et licencieux s'adressent aux passants qui longent
les jardins confiés à la surveillance du dieu ; ils n'ont d'autre but que de les
faire rire et les soulager ainsi de l'angoisse que suscite la rencontre avec
cette divinité dont la laideur et l'obscénité symbolisent une sexualité
violente, stérile et ignorante du plaisir. C'est pourquoi ces épigrammes sont un
trésor de plaisanteries salées, d'anecdotes gaillardes, sinon de calembours
graveleux. Cependant - effet de l'éloignement dans le temps ? de l'innocence du
paganisme ? -, la lecture de ces textes n'a rien de la "vulgarité", ou de la
platitude, qu'on pourrait craindre, et le lecteur ne tarde pas à se laisser à
son tour gagner, par-delà les siècles, par le rire de Priape.