En vers et en deux mouvements, cette Ritournelle accueille, en lui donnant une
voix inouïe (jusque-là inarticulée), la catastrophe d’une mise au monde et d’une
mise à mort.
Mise au monde d’un nouveau-né d’abord, mais aussi et surtout d’un sujet parlant
s’auto-enfantant contre tout ce qui s’y oppose au moyen de la parole. Parole
excédentaire qui s’effondre et s’affirme tout au long du poème, se heurtant à
une musicalité abrupte, à une douceur déconcertante aussi. Excès à son tour
retourné, ressaisi à même la langue — l’expérience traumatique échouant à rendre
muet.
Dans son ampleur, l’œuvre de Michel Surya se soutient d’une écriture embrassant
une multiplicité d’expériences. Littéraires et politiques, existentielles et
amoureuses, elles provoquent chacun de ses livres qui, cherchant du pire à tout
dire, appellent aussi comme son moyen le plus paradoxal, quiétude et volupté.