Dans ces pages hallucinées, c’est le jeune homme d’origine modeste et le soldat
revenu du front qui se confondent avec un poète en quête d’absolu, prêt à
renverser la société bourgeoise. S’il paraît avoir été écrit dans une sorte de
langue étrangère, c’est qu’il est le premier essai d’autonomisation poétique de
la langue slovène. D’où cette étrange oscillation entre de brefs vers, amers et
tragiques, d’une maturité étonnante chez un si jeune poète, et les sombres
divagations d’une prose aux accents maldororiens. Dans ces impudiques
convulsions, quelque chose de disloqué grince et embarrasse – Podbevšek ayant
passé près de deux ans au front, parmi les cadavres putrescents d’hommes et de
chevaux – tout cela fascine enfin. Objet littéraire mal aimé, rarement et mal
réédité (et, du reste, aujourd’hui épuisé), voici qu’un siècle après sa parution
en slovène en 1925, le lectorat français peut désormais juger sur pièces ; à lui
de dire s’il fallait permettre à ce terrorisme poétique de traverser les
frontières linguistiques.