L’homme et le divin représente, dans l’œuvre de María Zambrano, ce moment
charnière où tout un passé de tâtonnements et de recherches se cristallise pour
ouvrir au futur d’une étape finale qui représente pour son autrice le plein
épanouissement de sa pensée et de son écriture. Commencé en 1948 et terminé,
pour sa première édition, en 1951, le livre se présente comme une suite d’essais
articulés autour d’un thème central : celui des rapports de l’homme au sacré et
au divin. Qu’est-ce que le divin ? Pour le comprendre, María Zambrano a recours
à une sorte de fable qui nous est racontée dans le premier chapitre du livre,
« La naissance des dieux ». À l’origine, les êtres humains sont jetés dans un
espace, non pas vide mais plein car peuplé de forces obscures dont ils se
sentent la proie. Les choses n’existent pas encore, ni la nature, ni le monde,
seulement un grouillant, un obsédant « il y a ». Cet univers de la nuit et de la
terreur originaires, où tout est en quelque sorte imbriqué, où l’espace et le
temps n’existent pas encore, María Zambrano l’appelle le sacré. C’est la poésie
qui, la première, va ouvrir une brèche dans ce plein têtu et illimité, avec
l’invention du divin, autrement dit des dieux. Ce livre est aussi,
indissolublement, une grande aventure d’écriture et de pensée.
Pour cette nouvelle édition, la traduction a été entièrement revue par Jacques
Ancet.