Ces “Scènes de la vie augmentée” entretiennent un rapport oblique au genre
littéraire des “scènes de la vie future”. Il ne s'agit pas tant ici d'humanité
augmentée (exosquelettes, interfaces hommes-machines, environnements
interactifs, casques de réalité virtuelle, dispositifs immersifs et autres
prothèses numériques), que de l'augmentation de réalité que constitue en soi
l'existence des images, envisagées dans leur fonction d'interface faisant
communiquer des corps et des milieux. Une image vivante est comme un
“amplificateur psychique”, disait Bachelard. Encore faut-il la rapporter aux
dispositifs matériels qui la mettent en mouvement. Aplaties sur des écrans, des
enveloppes ou des façades, les images ont leur manière propre de s'animer.
Pourvu qu'elles aient des bords, elles peuvent suggérer leur déploiement en
volume, dans un espace virtuel. En projection axonométrique, en perspective
cavalière sans horizon ni point de fuite, elles font entrevoir une profondeur
ambiguë et flottante. Enfin les transformations dimensionnelles de l'image
maquettisée ou diagramatisée préfigurent l'expérience que nous pouvons faire des
formats spatio-temporels de l'architecture contemporaine ou des atmosphères de
la grande métropole. Ce livre montre de quelle manière tous ces processus
participent à une augmentation et un allégement de la vie même. Une vingtaine de
scènes, distribuées en quatre grandes parties (I. Écrans, II. Maquettes, III.
Formes urbaines, IV. Corps augmentés), décrivent de façon concrète, sur pièces,
la tendance des images à se développer, à gagner des dimensions supplémentaires
en investissant des supports multiples à toutes les échelles : des écrans aux
maquettes, en passant par la forme urbaine. Il y est question d'installation
vidéo et de bande-dessinée, de ping pong et de jeu vidéo, de skateboard et
d'architecture mobile, de rêve et de fabulation rétro-futuriste, de Tokyo et de
vol spatial, de fugue et de Muzak, de Tatiana Trouvé et de Gravity...