A travers une série de 41 textes de longueur variable, Sarah André nous emmène
dans un monde décalé où se rejouent les codes sociaux et leurs normes, où la
mise en tension d’un élément banal permet de le faire exploser, où la naïveté se
conjugue à la cruauté (et vice-versa), et où l’observation d’un détail suffit à
faire dérailler la logique dans son ensemble. Des situations quotidiennes sont
prises à rebours, d’autres sont franchement impossibles. On se retrouve bloqué à
l’intérieur d’un pigeon sans son ordinateur, on cuisine pendant des semaines
sans s’arrêter, on obtient un diplôme de femme nue, on abandonne ses enfants
dans un parc, on met des gens dans des vases et on crée sa biographie à coup de
traitement de texte. Si l’on peut croire au premier abord à une sorte de réalité
parallèle à la logique déconnectée, il s’agit en vérité d’un subtil démontage
des ressorts de la normalité, d’un compte-rendu de ce qu’on met en place pour se
convaincre qu’on arrive à la faire tenir. On se retrouve alors face à un monde
qui n’est pas tant le reflet du nôtre que sa mise à nu.