C’est en 1911 que parut, au Dreililien Verlag à Karlsruhe et Leipzig, le cycle
intitulé Mes merveilles. Ce recueil reprend trente-trois poèmes qui avaient déjà
été publiés dans un livre antérieur, Le septième jour, auxquels viennent
s’ajouter vingt-cinq autres – dont la plupart avaient déjà paru dans des
journaux et revues. Deux styles venus de deux époques différentes s’y mêlent :
d’un côté se retrouve l’influence prégnante de la Bible, des textes écrits dans
une langue où le néo-romantisme de la fin du XIXe siècle se montre encore très
présent. De l’autre, on découvre des poèmes plus brefs, à la langue précise et
limpide, bien que non dénuée de lyrisme. Des « poèmes-visages » (Gesichte)
écrits à la gloire de quelques hommes et femmes de son époque, dont
Lasker-Schüler nous a livré les portraits par dizaines.
Stylistiquement, Lasker-Schüler pousse un peu plus dans ce recueil ses
expérimentations poétiques : le verbe se resserre, les adjectifs se font plus
rares, comme si de la pureté même d’une syntaxe la plus souvent réduite à sa
portion congrue devait naître l’intensité poétique de la langue. Rares sont les
vers qui ne peuvent se lire de plusieurs manières ; rares sont les verbes dont
les particules ne peuvent se rattacher à plusieurs verbes en même temps, faisant
naître ainsi des polyphonies au sein du texte. Ce ne sont pas des poèmes, mais
des chants, voire des cantiques, adressés à ce « tu » mystérieux qui nous hante
de sa présence étoilée, et dont on ne sait jamais chez elle s’il s’agit de Dieu
ou du bien-aimé. Nous avons entendu restituer dans ce livre la langue
schülerienne dans toute sa dimension, à la fois noble et surannée.