Le corps bouge. Le corps sent. Il bouge en sentant et il se sent bouger, se
projetant non seulement à travers l'espace, mais aussi vers l'expression
prochaine de ses potentialités. Cette simple constatation, qui relie mouvement,
sensation et potentialité dans le devenir du corps, souligne l'insuffisance des
conceptions du corps héritées du « tournant linguistique » de la pensée du XXe
siècle, qui privilégient le « codage social », tout en interdisant un retour à
sa compréhension en termes de localisation simple et concrète, propre à
l'empirisme classique. La potentialité comme dimension immédiate du corps en
mouvement marque le rôle actif de l'abstrait dans la constitution du corps : la
réalité du virtuel dans l'existence incarnée. L'embranchement du mouvement et de
la sensation, de leur part, invoque l'affect : la capacité d'affecter et d'être
affecté comme moteur du devenir. Le virtuel et l'affect, pris ensemble, nous
mettent sur le chemin d'un empirisme radical.
Paraboles pour le virtuel propose un voyage radical-empirique, développant une
synthèse originale de concepts tirés des travaux de William James, Henri
Bergson, Gilles Deleuze, Félix Guattari, Gilbert Simondon et A.N. Whitehead. Le
chemin serpente à travers des exemples tirés de domaines aussi divers que
l'architecture, le body art électronique de Stelarc, les expériences sur les
états perceptifs extrêmes et l'image-du-corps de Ronald Reagan.
Considéré comme ayant inauguré ce que l'on a appelé le « tournant affectif » en
philosophie et en théorie culturelle, cet ouvrage est devenu un texte de
référence à l'échelle interdisciplinaire. La traduction française comprend la
préface de l'édition du 20e anniversaire, dans laquelle Massumi replace
l'ouvrage dans le contexte des développements intervenus depuis sa publication
originale et retrace l'évolution de ses principaux concepts.
C'est ainsi qu'une histoire philosophique de l'idée contemporaine de «
perspectivisme » pourrait peut-être contribuer à nous réapprendre à devenir «
terrestres ».