"Lorsque dans la milonga (ainsi nomme-t-on le bal de tango) les danseurs se
rejoignent sur le parquet, leurs bras se lèvent doucement et ils s'enlacent -
ils se prennent dans les bras, ils s'embrassent, étymologiquement. D'où le terme
argentin, adopté par les Français : l'abrazo. La main gauche de la femme se
place sur le haut du bras de l'homme ou sur son omoplate, ou bien encore passe
par-dessus son épaule, tandis que celui-ci, glissant sa main droite par en
dessous, la pose sur le dos de sa partenaire. De l'autre côté, leurs mains se
tiennent en l'air, paume contre paume. Dès qu'on entre dans l'abrazo, on devine,
à son corps, sa tenue, sa prise, on devine quelque chose de son partenaire."
Dans ce texte sensuel, Belinda Cannone déploie, à partir de la danse, une
superbe poétique du lien et de la relation. Une poétique qu'elle condense en un
mot aux mille échos : l'embrassement.