C’est non sans hésitation que Raymond Queneau accepte, dans les années 1950, la
direction des volumes de l’Encyclopédie de la Pléiade consacrés à l’Histoire des
Littératures. Lui qui avait auparavant critiqué l’idée même d’une encyclopédie
face à l’immensité et au désordre des savoirs. Sans doute est-ce son goût du
classement et sa curiosité intellectuelle qui l’ont conduit à concevoir une
œuvre ambitieuse, ouverte et non dogmatique. Le présent recueil rassemble de
brèves études, préfaces écartées qui, loin d’être anecdotiques, révèlent ses
préférences personnelles et esquissent les contours d’une véritable bibliothèque
idéale. On y croise Boileau, Pétrone, les poètes grecs, Benjamin Constant, Poe
ou encore Gertrude Stein. La vitalité qui anime ces textes tient moins à la
volonté de totaliser les connaissances sur ces «grands noms» qu’à l’effort pour
en dévoiler les incertitudes et les contradictions. Par cet exercice, Queneau
souhaite former des lecteurs lucides, capable de douter et de saisir la
complexité du monde, ainsi que la place qu’y occupe la littérature : «ce n’est
pas ici un petit Panthéon. Il s’agit de la vie des Lettres.»