Phrases élémentaires est le premier recueil important de la poète Gizella Hervay
(1934-1982). Publié en 1968, à Bucarest, ce livre de haute intensité expressive
et d’une grande diversité formelle unit âpreté et délicatesse, violence et
douceur. Il est marqué par la fin tragique d’un amour, le souvenir d’une guerre
se poursuivant en guerre froide, et par la mémoire d’un exil. Si Hervay est née
en Hongrie, à Makó, l’éclatement de sa famille la conduit d’abord à vivre avec
sa grand-mère, à Budapest, puis à rejoindre sa mère dans le Nord-Ouest de la
Roumanie, à l’âge de douze ans, en 1946. Ce trajet ouvre les questions centrales
du livre, celles de la liberté individuelle et de l’identité subjective,
auxquelles l’écriture de poésie tente de répondre. La patrie de Hervay est un
pays qu’il faudrait bâtir, et faire tenir par la parole de poésie, dans une
langue minoritaire. Au cœur de cette tentative de vie et d’affirmation de soi,
se trouvent nos capacités proprement humaines de création, et notre capacité
d’aimer.