Paul Celan naît en 1920 à Cernau?i, dans une famille juive germanophone. Cette
ville, longtemps autrichienne, est alors roumaine avant de devenir un temps
soviétique. Elle est aujourd’hui rattachée à l’Ukraine. C’est là que Celan
compose ses premiers vers, ces Poèmes de Czernowitz, du « nom de cette ville
dans une graphie, sinon une prononciation, qui n’existe plus administrativement,
mais dont la mémoire a persisté jusqu’à aujourd’hui grâce à l’œuvre poétique de
Paul Celan, et à la présence de la ville à l’épicentre du paradigme historique
qui rime avec ce nom et déterminera ses œuvres jusqu’à sa mort à Paris en 1970 :
Auschwitz », comme l’écrit Jean-Pierre Lefebvre dans la préface de ce livre,
inédit en français.
Beaucoup de ces poèmes de jeunesse sont écrits par Celan alors que le jeune
homme est dans un camp de travail obligatoire, tandis que ses parents sont
déportés et meurent dans un camp nazi de Transnistrie. Ils sont adressés à son
amie Ruth Kraft. Dans un lyrisme amoureux, parfois érotique, qui se détache peu
à peu de la tradition, ils composent un monde végétal qui met l’angoisse à
distance, construisent une forme de contre-réalité, produisent de plus en plus
consciemment une « contre-langue », un « autre côté » de la langue allemande.
Tout Celan perce dans ces textes exceptionnels, toujours plus empreints de leur
contexte historique et biographique : comme celui du pavot, comme la neige
d’Ukraine, le cœur du poète est, « noirci par la mélancolie », mais la fleur est
mémoire. Bientôt la Fugue de mort commencera son travail.
Poèmes de Czernowitz est le septième livre de Paul Celan (1920-1970) publié dans
« La Librairie du xxie siècle », aux Éditions du Seuil, après sa Correspondance
avec Gisèle Celan-Lestrange (2001), Le Méridien & autres proses (2002), Renverse
du souffle (2003), sa Correspondance avec Ilana Shmueli (2006), Partie de neige
(2007) et Le Temps du cœur, correspondance avec Ingeborg Bachmann (2011).