À partir de ses « Tanner Lectures », conférences données en 2023 à l’université
de Californie à Berkeley, Philippe Descola expose les grandes orientations
politiques qui se dégagent de son travail anthropologique mené depuis plus de
cinquante ans, notamment auprès des Achuar en Amazonie. Il met en évidence les
impasses du programme d’étude du monde déployé par les Lumières, cette fabrique
de distinction entre nature et culture, et rappelle sa conception de quatre
filtres ontologiques qui, selon lui, structurent le processus de mondiation :
l’animisme, le totémisme, le naturalisme et l’analogisme. Ilmontre combienles
manières de concevoir les relations entre humains et non-humains dans les
sociétés extramodernes peuvent stimuler de nouvelles formes de collectifs,
d’alterpolitiques, à la fois plus ouvertes et plus inclusives. Un effort devenu
nécessaire et urgent à l’ère du réchauffement climatique où le vivant est en
crise généralisée et où les États n’apparaissent pas à la hauteur des défis à
venir. Avec ce court texte, Philippe Descola nous offre une remarquable synthèse
de ses travaux mais également une formidable émulation pour repenser de nouveaux
modes d’action politique et de vie en commun. Médaille d’or du CNRS, professeur
émérite au Collège de France, Philippe Descola développe une anthropologie
comparative des rapports entre humains et non-humains qui a révolutionné à la
fois le paysage des sciences humaines et la réflexion sur les enjeux écologiques
de notre temps. Il est l’auteur, entre autres, de Par-delà nature et culture
(Gallimard, 2005), La Composition des mondes (Flammarion, 2014) et Les Formes du
visible (Seuil, 2021). Il a collaboré avec Alessandro Pignocchi à Ethnographies
des mondes à venir (Seuil, 2022).