« Les fictions criminelles sont à l’évidence, dans le contexte contemporain, une
littérature de professeurs et d’ingénieurs, de petits journalistes et de
fonctionnaires. »
Genre littéraire plébiscité par un large public, le polar serait, de surcroît,
viscéralement subversif : tel est le lieu commun qui, depuis Manchette au moins,
domine les imaginaires. Mais derrière les réflexes langagiers de la critique
contemporaine, qu’en est-il vraiment ? Le polar remplit-il toujours aujourd’hui
une fonction de critique sociale, ou bien cette vision d’une littérature « de
rebelles » relève-t-elle du cliché, sinon du fantasme ?
Répondre à ces questions implique de démêler l’écheveau complexe des rapports
entre polar et politique, tâche à laquelle s’applique Lucie Amir dans cet
ouvrage. Analysant tant les œuvres des grands noms du genre que les discours
d’escorte et les dispositifs institutionnels qui les accompagnent, elle propose
une enquête méticuleuse sur son histoire et les tentatives de politisation qui
l’ont visé en France. Soulignant le caractère structurant des tensions entre le
fondement pragmatique du polar (le divertissement et les contraintes éditoriales
qui vont avec), son ancrage politique et sa valeur littéraire, elle met ainsi en
lumière les polarités idéologiques qui structurent l’inconscient politique d’un
genre bien mois homogène et « progressiste » qu’on ne tend généralement à le
croire.