Il a trente-trois ans. C’est un homme. Quarante-deux ans. Cinquante-et-un ans.
Il n’y a pas d’année. Toutes les années. Il dit qu’il ne reste pas grand-chose
d’elle. Qu’il reste tout d’elle. Il n’a plus rien. Tout est vivant alentour.
Elle est toujours là.Elle, c’est l’absence. L’absence et sa trace pleine. Ceux
qui ont aimé le savent. Il dit, le feu, l’absence, c’est pareil. Ça dévore tout
sans répit. On se dédouble. On se triple. On se multiplie. On ne se réunit pas.
On reste seul avec l’autre, longtemps. Parfois une vie.Pour Mémoire(s) est une
visite hors du temps. Une écriture sans début ni fin, la saisie temporaire d’une
éternité. C’est une incursion en apnée dans la chambre d’écho, celle où vivent
ceux qui ont été frappés d’aimer et qui n’ont pas guéris. Ils y psalmodient pour
toujours les mots du manque, les mêmes, jamais les mêmes, des mots à eux seuls,
les mots de tous. Voici le recueil d’une capture. Celle qui fait de nous des
êtres infiniment fragiles, hantés de ceux que nous avons aimés, infiniment
humains.