On ne présente pas Charles Juliet dont les neuf tomes de son Journal traduits
dans le monde entier font un des écrivains majeurs de notre temps. Or si cet
opus exceptionnel de même que 'des récits comme L'année de l'éveil ou Lambeaux
ont fait sa notoriété et sa popularité, il n'en reste pas moins que la poésie
est l'alpha et l'oméga de son oeuvre littéraire. C'est là en effet que l'on
trouve de la façon la plus condensée, la plus incisive et la plus frappante
l'expression de la quête lente et difficile qui est l'objet de tous ses livres,
ce chemin de l'obscur vers la clarté fait de dépouillements et de dépassements
successifs, de doutes surmontés et d'une volonté hors du commun de construire en
soi une humanité délivrée. Chacun de ses très nombreux poèmes écrits au fil des
jours, en marchant le plus souvent, est justement comme un pas gagné dans ce
chemin de vie. Par ailleurs, comme pour tout le reste de son oeuvre, l'écriture
poétique que s'invente Charles Juliet ne doit rien à personne, on peut même dire
qu'elle est à rebours de toutes les formes poétiques de son temps, misant sur
une nudité et une simplicité radicales, récusant toute intellectualité et tout
effet formel. Impossible donc d'ignorer dans notre inventaire des grandes voix
poétiques contemporaines ce parcours hors du commun. Charles Juliet a souhaité
que soit repris pour la préface, comme ce fut le cas à l'occasion de la parution
de Moisson chez POL, le texte La conquête dans l'obscur que Jean-Pierre Siméon a
écrit sur son travail poétique. La présente anthologie a été entièrement
constituée par le poète lui-même.