Renata n’importe quoi a paru une première fois en 1967, c’était le deuxième
livre de la très discrète et mystérieuse Catherine Guérard après Ces princes
paru 12 ans plus tôt. Dans ce roman, Catherine Guérard nous emporte dans le
monologue de son héroïne, bonne à tout faire, qui décide un jour de quitter ses
patrons pour devenir “une libre”. Ce sont trois jours et deux nuits d’errance, à
marcher dans les rues, s’asseoir sur les bancs, regarder les passants et écouter
les oiseaux. La narratrice va se confronter à un monde qu’elle semble découvrir
au fur et à mesure qu’elle l’arpente, un monde qui la rejette systématiquement,
elle dont la liberté ne peut souffrir aucune entrave. Le plus saisissant dans ce
roman est la réussite magistrale d’un parti pris formel : une seule longue
phrase ponctuée de quelques virgules et majuscules judicieuses. Le flot du texte
emporte le lecteur dans les ressassements et les obsessions d’une pensée pleine
de candeur mais toujours déterminée et dangereusement radicale. Publiée pour la
première fois en 1967, cette oeuvre résonne aujourd’hui comme un hymne
prémonitoire. N’annonce-t-elle pas le vent révolutionnaire qui soufflera bientôt
sur un monde corseté dans ses certitudes et empêtré dans sa peur de manquer ou
de perdre ses acquis ? Renata n’importe quoi c’est un trésor qu’une communauté
de lecteurs initiés se transmet comme une pépite, qui nourrit une réflexion
profonde et nécessaire sur l’absurdité de nos sociétés, la loi, l’argent, le
travail et la consommation. Ou pour le dire autrement : comment refuser
l’aliénation qui nous est imposée sans apparaître soi-même comme un aliéné dans
le regard des autres ?