Comment représenter le capitalisme en tant que système ? Telle est la question à
laquelle Marx apporte une réponse entièrement neuve, consistant à penser le
capital comme une série d’« énigmes ». À commencer par celle qui préside à sa
naissance : comment l’argent peut-il engendrer de l’argent, se valoriser
lui-même ? Le capitalisme n’est rien sans ce mouvement permanent, qui explique à
la fois ses crises et sa résilience, puisqu’il résout ses contradictions en les
projetant à un niveau spatiotemporel supérieur. Fredric Jameson propose ici une
relecture du Capital pour notre époque marquée par une cascade de crises
financières. La dernière en date n’a pas seulement suscité un regain d’intérêt
pour le chef-d’œuvre de Marx ; comme chaque mutation majeure du système
capitaliste, elle l’a aussi transformé, en mettant l’accent sur le crédit, d’une
part, et, d’autre part, sur l’impérialisme ou l’accumulation initiale. Cette
conjoncture précise appelait une interprétation nouvelle. Au cours de sa
reconstruction des paradoxes du capitalisme, Jameson avance une thèse
apparemment scandaleuse : bien que l’intelligence politique de Marx soit
incontestable, Le Capital n’est pas un livre politique. C’est un ouvrage
purement économique, qui démontre pourquoi le capitalisme produit nécessairement
du chômage et de la misère. Paradoxalement, c’est aussi cela qui fait sa force :
il nous invite à comprendre la nature du capital et à imaginer ce que pourrait
être la vie dans un autre mode de production.