Ici se déroule une dépense sans fin, des plus agitées et des plus stupéfiantes,
un travail de rêve manifeste, dont la dérive constituerait le centre.
Rêve sans fin est un document magmatique, spasmodique, instable dans sa forme et
régressivement incertain jusque dans son projet ou son origine. Pour l’essentiel
constitué de notes accumulées en exil — entre Barcelone et Paris en 1977 le
temps d’un long été —, puis transcrites et librement associées par ses amis
Bruno Montané Krebs et Roberto
Bolaño, ce livre est un livre par accident(s).
Autoportrait du poète, méditation érotique, ironique et politique, excitation
des mémoires et des sens, éclats lyriques désinhibés et « ballades-météo¬rites
», Rêve sans fin matérialise la subversion radicale des ordres de la réalité,
par en dessous.
En même temps que s’y déjoue son programme s’y résout la trajectoire de
l’avant-garde infra-réaliste fondée par Mario Santiago Papasquiaro : passage du
collectif et de ses mots d’ordre à une écriture clandestine, diasporique, où la
poésie déborde les formes établies du livre pour investir les marges, les
supports précaires et la vraie vie absente.
Mario Santiago Papasquiaro est né à Mexico en 1953. Il a pris part aux
événements politiques et artistiques de son temps, comme agitateur, comme figure
de l’infraréalisme et comme écrivain. Il aura laissé un nombre incalculable de
traces écrites, intotalisables, dont certaines auront pris la forme de livres.
Plus que nul autre il a cherché l’or du temps, l’accord impossible et nécessaire
de la vie et de la poésie. Il disparait accidentellement à Mexico en 1998.