Rose est une jeune enfant renfermée mais elle aime danser. Ses parents ont une
destinée toute tracée pour elle : elle sera petit rat de l'Opéra, puis deviendra
une danseuse étoile. De Chartres à Paris, entre ses six ans et ses quinze ans,
sa vie sera vouée tout entière à la danse. Il lui a fallu des années pour le
reconnaître : ce n’était pas son rêve, mais celui que les adultes avaient cru
bon de déposer en elle. Le rapt est réussi, l’opération finement menée : Rose a
fait sien le désir des autres. Elle a consenti à tout, devenir danseuse, entrer
à l’École de danse de l’Opéra National de Paris, d’ailleurs c’est ce qu’elle
pensait vouloir à tout prix. Mais à « l’école de la vie », Rose s’est brûlé les
ailes, et pour longtemps. Rose Satin, c’est la couleur des premiers justaucorps,
des collants chair, des chaussons et de leurs rubans. C’est aussi le nom d’une
enfant qui vit en marge de son âge, dans la danse qui distingue, qui fascine et
qui broie. Après quelques années passées dans une institution prestigieuse,
séculaire, un univers clos sur lui-même où les témoins se taisent et où la
souffrance est érigée en principe éducatif, Rose va chercher à étouffer ce corps
dont elle ne veut plus. Boulimie, alcool, drogue, tout est bon tandis qu'elle se
réfugie dans l'étude d'une langue étrangère, l'italien, pour s'inventer un autre
avenir. Ce n'est qu'avec la découverte d'un refuge au cœur de la Haute-Loire
qu'elle pourra enfin forger une vie nouvelle et se réconcilier avec elle-même.
Que reste-t-il de l’enfant-danse ? Une vie est-elle seulement possible après la
danse ? Dans ce roman autobiographique, Louise Pommeret s'adresse sans fard à
l'enfant qu'elle n'est plus et explore ce qui demeure en soi de la violence et
de la beauté d’un art qui l'a détruite pour longtemps.