Le cinéma italien des années soixante-dix a capté comme nul autre les
soubresauts d'une époque en ébullition. Héritier du néoréalisme qu'il réinvente,
il devient le relais d'une effervescence politique et sociale qui, au coeur de
l'Europe, incarne l'un des symboles les plus puissants d'une modernité brutale.
Des grands auteurs aux productions commerciales les plus inventives et
débridées, les films reflètent alors l'écho d'une actualité parfois violente.
C'est dans les salles que l'on vient la voir défiler : tandis que les
néofascistes tentent avec persévérance d'instaurer dans le sang un régime
autoritaire, une partie de l'extrême gauche, convaincue que l'heure de
l'insurrection approche, rejoue un remake de la révolution bolchevique.
Tentatives de coups d'État, attentats aveugles, homicides et enlèvements «
ciblés » ont défini ces années traversées par de profonds mouvements sociaux et
de grands bouleversements culturels. C'est l'histoire de ce moment, surnommé les
« années de plomb », que raconte Rosso sangue, à travers celui qui l'a documenté
en direct : le cinéma. Un regard à la fois politique et cinéphile sur l'un des
chapitres les plus intenses de l'Histoire italienne moderne. Directeur de la
programmation à la Cinémathèque française et critique au Monde, Jean-François
Rauger est l’auteur de L’Œil qui jouit (Yellow Now, 2012) et L’Œil domestique :
Hitchcock et la télévision (Rouge Profond, 2014).