Née en 1965, Sandra Moussempès s'est imposée comme l'une des poètes les plus
originales de sa génération. Entre Emily Brontë, Cindy Sherman et David Lynch
(trois références majeures), elle a développé un univers poétique bien à elle,
d'une inquiétante étrangeté. Depuis Vestiges de fillette en 1997, elle a publié
cinq précédents titres dans la collection Poésie/Flammarion.Sauvons l'ennemie
poursuit bien sûr cette quête intérieure - ou cette longue enquête à travers les
diverses versions de soi-même qu'est l'oeuvre de Sandra Moussempès. Chacune des
neuf séquences qui composent l'ouvrage apporte ainsi un éclairage différent et
révèle un nouveau pan de ces mondes emboités (comme des poupées-gigognes) dont
l'auteure seule semble détenir la clef. Qu'elle joue avec des figures spectrales
héritées de l'ère victorienne ou avec les héroïnes aseptisées des séries
américaines, elle dissimule autant qu'elle nous laisse entrevoir des paysages
intérieurs souvent troubles, mais dont l'humour n'est jamais absent. C'est que
le poème est pour elle un moyen - plus qu'une fin - et l'éclaire elle aussi à
mesure qu'elle avance : "Ma voix se justifie / Par l'écriture // Ma vie se
justifie / Par l'assemblage // Cette façon de boire le thé bouillant / Sans se
brûler".