Dans ce premier texte, situé à la croisée de l’autobiographie, de la poésie et
de l’essai, Jaane Peirtenom réalise une entrée marquante en littérature. Son
écriture, à la fois brute, percutante et incarnée, s’impose dès les premières
lignes. Jaane Peirtenom parle de ce qui se loge dans l’angle mort de l’amour.
Elle parle du viol perpétué par son amoureux depuis deux ans, son love, son
keum, son bb. Comment parler de cette aberration ? Quels mots pour définir le
crime ? Jaane Peirtenom témoigne ; elle nomme ; elle oblige : elle ose dire la
déchirure et la peur. Elle travaille la langue avec la matière brute du dégoût,
du déni, du courage, de la rage… Jaane Peirtenom est seule(s). C’est son
histoire, c’est celle des autres, aussi. C’est pour ce pluriel qu’elle écrit,
pour gagner le collectif. Elle s’appuie sur des pensées essentielles pour
reprendre son souffle : Audre Lorde et la colère transformatrice ; Bessel van
der Kolk et la mémoire des corps traumatisés ; Cécile Coulon, Garous
Abdolmalekian et leurs poèmes de vérité. Jaane Peirtenom écrit au plus près de
son corps, de ses failles, de ses doutes. Comme les auteurices qu’elle cite,
elle est convaincue que nos hontes, angoisses et traumatismes sont des outils de
protestation politique. Seule(s) est aussi un texte de reconstruction : les mots
gagnent peu à peu du terrain sur le vide, reprennent le pouvoir, redonnent chair
à la sexualité reconquise et au corps qui se réintègre.