Signes des temps est une expérience d’autobiographie collective. C’est-à-dire
que la plupart des éléments convoqués sont susceptibles d’appartenir à chacune
ou chacun d’entre nous, dans un mouvement qui, selon Georges Perec, « partant de
soi, va vers les autres », et inversement. L’écriture ici tient du montage au
sens cinématographique. Ainsi le rapprochement, soit par contrastes, soit par de
troublantes affinités, de citations, d'expressions du quotidien, de moments
d’intime sensualité, de souvenirs ou de références à des circonstances
historiques, a pour effet d’éveiller un sentiment d’insolite familiarité.
Ces brefs chapitres, qui sont autant de poèmes en prose, disent l’urgence du
souvenir afin de conjurer l’apparente normalité du temps qui passe. S’y
déploient en motifs obsessionnels la stupeur d’être au monde, la mort, l’amour,
la toute-puissance du désir, la joie et le désarroi. Il en résulte un chant au
rythme à la fois souple et irrégulier qui, tout en exprimant l’impermanence des
êtres, s’efforce au bout du compte de rendre justice à l’intensité des
événements et de célébrer la grâce de vivre.