Dans le texte poétique le SNI n'est pas élucidé, on ne sait qui il est, d'où il
vient. Une sorte d'expatrié apatride. Il reste une énigme, un trou noir, un trou
de mémoire, un souvenir diffus confus, sans corps, qui cherche un corps.
Peut-être. Il n'est circonscrit que par ses symptômes. Il est innommable. Mais
pas intouchable. Innommable conceptuellement, mais palpable. Car il s'agit bien
là de palpations.
S, N, et I sont les corps dissociés du corps d'origine du SNI. Chaque corps
existe pour activer/désactiver le trou noir qu'est le SNI. Il fut un temps où
ces corps dissociés n'étaient qu'un. L'un d'eux sera le poète. Le « I »,
assurément c'est-à-dire Julie Coutureau.
Le sni, le S-N-I, c'est une charade, une aventure poétique expérimentale et
phonétique, un rhizome littéraire, une enquête abusive, une lecture auditive,
des sons dans le sens et des sens dans le son, une crise auditive, un
Que-sais-je en chœur, une anarchie en forme, un défi à la case, un trop-plein en
dérive, des racines de flux émotionnels, de la mémoire charcutière dans une
culture de jachère, un poussoir à rester vivant, du jambon, des guêpes, des
trous noirs de corps et d'arbres, un essai en forêt dans l'hippocampe,
l'amygdale à ses trousses, c'est l'arbre de la forêt poussant dans la plaie, de
la vie dans la plaie, et du rire au sommet et du rire dans les creux des patates
en forme de cœur et dans les creux des fesses et des montagnes.
Ce livre est un jardin, en somme. Une dé-culture multi-culture dans un état
revendiqué de jachère géante. Que ça pousse. Coûte que coûte.