À partir d’un souvenir de lecture d’enfance, un Cosette abusivement attribué à
Victor Hugo, Tiphaine Samoyault déploie le destin éditorial des Misérables en
France et à l’étranger. Elle révèle comment ce roman, dès sa parution, a été
abrégé, adapté, traduit, illustré, réécrit, jusqu’à devenir l’un des récits les
plus réappropriés au monde. Plus le livre est transformé, plus il devient
mémorable. La question « Faut-il réécrire les classiques ? » apparaît dès lors
comme une fausse question : ils ne sont tels que par leur constante adaptation
aux goûts et aux attentes des époques successives.
De Shakespeare aux contes de fées, de Montaigne à Mark Twain ou Agatha Christie,
des traductions aux versions réduites, des transpositions aux mises en scène,
l’autrice montre qu’un classique ne se définit pas par son intouchabilité, mais
par sa capacité à s’affranchir de son original.
Face à des polémiques souvent caricaturales opposant « cancel culture » et
sacralisation du passé, ce livre privilégie la nuance, l’enquête et une
érudition généreuse. Il préfère la démonstration à l’indignation pour affirmer
une idée simple et stimulante : la réécriture n’est pas synonyme d’annulation,
bien au contraire, puisqu’elle prolonge le plus souvent la vie des œuvres en
élargissant leur partage et en pérennisant leur mémoire.