"Les chroniques et les romans en témoignent, les essais et les rapports
statistiques en apportent la confirmation, et il est devenu le thème favori de
la sociologie, de l'anthropologie et du journalisme contemporains : l'amour fait
mal, l'amour est triste, l'amour a changé, l'amour est fini. Pourtant, ces
diagnostics reconnaissent implicitement à l'amour un rôle prépondérant et inédit
dans la constitution de nos formes de vie. Ce que nous appelons la modernité
semble être le fruit doux-amer de l'importance accordée à Éros, depuis cinq
siècles, pour définir la relation que nous entretenons avec nous-mêmes, avec le
monde et avec les autres. Nous sommes modernes non pas parce que nous disposons
de technologies avancées, ni parce que nous habitons des métropoles d'une
densité inédite, ni même parce que les peuples de la Terre se sont brassés et
affrontés comme jamais auparavant, mais parce que nous avons donné à l'amour une
place qu'il n'avait jamais occupée dans l'histoire humaine." À l'heure où les
familles se recomposent, où le mariage s'ouvre à tous, où les transmissions de
noms, de patrimoines et de cultures invitent à créer de nouvelles généalogies,
il était temps de reconnaître à l'amour son pouvoir révolutionnaire et sa
puissance créatrice. Emanuele Coccia mobilise toutes les ressources d'un esprit
libre, érudit et iconoclaste, puisant aux sagesses de l'Antiquité comme à la
musique pop, pour réinventer l'amour au XXIᵉ siècle.