Inaugurant la collection de poésie des éditions Le rayon blanc, Frédéric Prieur,
découvert dans les films mémorables de Nicolas Philibert sur la psychiatrie, Sur
l’Adamant (Ours d’Or à la Berlinale 2023), consacré à la péniche-centre de jour
psychiatrique l'Adamant, et La Machine à écrire et autres sources de tracas
(2024), nous livre un recueil poignant. Passager de l’Adamant et habitant
incontournable du Marais, Prieur est poète, chansonnier, auteur de
bande-dessinées et de romans-photos. Il nous a confié des documents et des
poèmes de jeunesse bouleversants, jusque-là gardés secrets dans les tréfonds de
son atelier au coeur du Marais. L’année 1976, teintée de nuances roses et
noires, fut pour lui à la fois une période de crise et d’intenses créations.
Avec la sensibilité d’un alchimiste rimbaldien, Prieur en a extrait sa pierre
philosophale : une poésie faite de tourments et d’illuminations."Me voici cette
fois chez Frédéric, autre grande figure de l’Adamant, que Bruno et Céline sont
venus aider à faire du rangement. On peine à se mouvoir parmi les piles de
livres, les cartons à dessins, disques vinyles et objets en tous genres qui
envahissent l’espace cuisine et salle de bains comprises - sans parler des
planches de BD, collages et albums que confectionne cet ancien élève de l’École
des Arts Appliqués, ni des montages sonores qu’il réalise et retravaille
inlassablement au moyen du petit magnéto à cassettes qui ne le quitte jamais.
Frédéric ? Difficile de décrire en quelques mots l’univers de cet homme où se
croisent et se recroisent sans fin les Doors, les Pink Floyd, Tintin, Kafka,
Rimbaud, Cocteau, Bresson, Rivette, Wim Wenders et Agnès Varda, Van Gogh et
Antonin Artaud... J’en passe! Homme de grande culture aux multiples talents, un
jour dessinateur, le lendemain musicien, poète ou bédéiste, et avec ça blagueur,
affable, alerte, hyper sensible et tendre, dont la lecture du monde est si
imprégnée de ces icônes qu’il revisite toute chose, jusqu’au moindre événement
de sa vie, à la lumière de leurs oeuvres et de leurs destinées en un jeu de
miroirs et de correspondances sans cesse réactivé." Nicolas Philibert Extraits
de presse « Si Sur l'Adamant a un personnage central, c'est Frédéric Prieur, qui
se distingue par ses lunettes aviateur et ses chemises colorées à col pointu.
Lorsque Philibert et moi arrivons, il nous accueille à l'entrée tel un
capitaine, un magazine enroulé servant de longue-vue. Avant de rejoindre les
passagers, Prieur était étudiant dans une université parisienne, mais il
rencontrait des difficultés. J'étais complètement déphasé, hors de l'espace,
raconte-t-il, fraîchement sorti d'un atelier de radio. Je n'étais nulle part et
personne. Je me noyais. Sur le bateau, il consacre la plupart de son temps à
s'immerger dans la culture, ayant un intérêt presque encyclopédique pour les
années 70 et 80. Les films, la science-fiction, les bandes dessinées et la pop
music m'ont aidé à rester en vie, confie-t-il. Sinon, je ne sais pas ce que je
serais devenu – peut-être une épave. » Philip Oltermann, The Guardian, 2
novembre 2023 « Après Sur l'Adamant, puis Averroès et Rosa Parks, Nicolas
Philibert nous ouvre avec ce troisième volet de sa trilogie sur la psychiatrie
l'espace intime des patients, dans leur chez-soi. [...] On en apprend aussi
beaucoup sur Frédéric, en entrant dans son antre, un beau capharnaüm, tout
autant médiathèque, bibliothèque, galerie d'art, que salon de musique. Un lieu
chargé d'histoire et de culture, et aussi habité de toute sa singulière
personnalité, dans lequel il faut zigzaguer pour circuler. Frédéric en profite
pour montrer ses jouets d'enfant, qu'il a conservés, et aussi ses oeuvres, des
grands tableaux colorés, ou encore ses disques. Tout un monde, avec des
éboulements. Quand Jean Cocteau s'écroule, on prend L'Odyssée pour caler. Je
l'ai remis à sa place, il était un peu envahissant, lâche Frédéric, une pointe
d'humour toujours en embuscade derrière sa voix cinématographique. » Laurence
Houot, Franceinfo, 4 avril 2024