Le récit d’Agathe de Limoges entraîne son lecteur dans une flânerie
contemporaine aux frontières géographiques et temporelles floues. Dans les pas
de sa narratrice, on s’assied un instant sur la chaise en plastique d'une salle
d’attente où traînent des magazines, sans transition, on échange avec l’employée
d’un bureau d’objets trouvés fatiguée des gens qui perdent leurs clés, on glisse
comme si de rien n'était d’un séjour balnéaire hors-saison à une fête au petit
matin. La thématique de la liminalité domine ce road-trip surréaliste et drôle.
Si l’impression d’action suspendue domine, une tension traverse tout le texte
dans lequel, par ricochets, ressurgissent des thèmes qui semblent vouloir nous
conduire vers la clé d’une énigme. Avec une grande liberté formelle, l'autrice
alterne listes de vœux, bribes de dialogues, descriptions sommaires de lieux,
impressions fugitives, schéma d’itinéraire ou vignettes d’objets du quotidien.
«Une clé qui n’ouvre rien» est un régal de collage bruts et sensibles à la fois.
La richesse d’images et de sensations qui surgit de cette diffraction du réel
est surprenante: il favorise le glissement de la lecture vers un kaléidoscope de
perceptions, évoquant par mimétisme le flux de conscience de l'autrice. Dans cet
urbex littéraire, l'autrice se livre à une envoûtante quête où les mots tentent
de tenir le réel et de lui donner un sens.