Ce livre est une réflexion claire, passionnée, sur la condition d'écrivain
aujourd'hui. Il expose une manière de vivre dont l'étrangeté consiste à mettre
sans cesse en question le coeur de l'identité : l'aventure même, qu'on peut dire
métaphysique, de la littérature moderne, de Proust à Joyce, de Kafka à Antonin
Artaud. "{A travers une musique comme effrénée de l'Oscillation, il y a chez
Sollers, j'en suis persuadé, un thème fixe : l'écriture, la dévotion à
l'écriture. Ce qui est nouveau, ici, c'est que cette soumission inflexible à la
pratique d'écriture} ({quelques pages de} Paradis {tous les matins}) {ne passe
plus par une théorie de l'Art pour l'Art, ni non plus par celle d'un engagement
mesuré et ordonné} ({des romans, des poèmes d'un côté, des signatures de
l'autre}){ ; elle semble passer par une sorte d'affolement radical du sujet, sa
compromission multipliée, incessante et comme infatigable. On assiste à un
combat fou entre l'}"{inconclusion}" {des attitudes, outrées, sans doute, mais
dont la succession est toujours ouverte} ("{Je n'ai rien de définitif}") {et le
poids de l'Image, qui tend invinciblement à se solidifier ; car le destin de
l'Image, c'est l'immobilité. S'attaquer à cette immobilité, à cette
mortification de l'Image, comme le fait Sollers, c'est une action dangereuse,
extrême, dont l'extrémité ne serait pas sans rappeler les gestes,
incompréhensibles pour le sens courant, de certains mystiques : El Hallaj.}"
(Roland Barthes, {Sollers écrivain}, 1979.)