Après Meadowlands (1996 ; "Du monde entier", 2022), qui évoquait la fin d'un
couple par le truchement du mythe d'Ulysse et Pénélope, Vita Nova (1999) fait
entendre un sublime chant de solitude, porté par une multitude de voix, dont
celles de Didon et Énée, d'Orphée et Eurydice, héros et héroïnes inoubliables de
la mythologie gréco-latine. Louise Glück glisse ses pas dans ceux de Dante,
auquel elle emprunte son titre, comme Dante lui-même avait pris Virgile pour
guide dans sa traversée des cercles de l'Enfer. Vita Nova est un voyage
initiatique entre rêve et réalité, tendu vers l'espoir d'une vie nouvelle, qui
interroge ce que l'on laisse derrière soi et ce qui sera retenu de nous. À
l'amour perdu succède ainsi un brûlant désir de vivre, magnifi quement saisi par
Glück à chaque page de ce recueil. Comme à son habitude, Louise Glück entremêle
dans Vita Nova l'atemporel et le contemporain. Loin de tout pathos, l'émotion
est toujours suspendue à la justesse de la langue : elle surgit au détour d'une
répétition, d'un enjambement, voire d'un silence.