Ce recueil de textes — qu’Anders dit avoir longtemps songé à intituler «
L’Obsolescence de la Terre » — prolonge la réflexion sur le rapport de l’homme
au monde technique initiée par le premier tome de L’Obsolescence de l’homme
(1956). Il porte sur un projet particulier : les vols spatiaux à destination de
la Lune. S’intéressant de près à l’histoire des vols spatiaux et à la dimension
mythique de la conquête spatiale, Anders montre que ce qui est décisif dans ces
vols, ce n’est pas tant qu’ils aient permis de voyager dans l’espace et d’aller
sur la Lune mais qu’ils aient offert « pour la première fois à la Terre la
chance de se voir, de se rencontrer ». Jusqu’alors voir « notre Terre natale
comme étant un objet céleste parmi d’autres objets célestes » exigeait de passer
par un acte d’abstraction ou d’imagination. Désormais nous n’en avons plus
besoin.
En réduisant le décalage entre ce dont l’Homme avait rêvé (de Cyrano de Bergerac
à Hergé en passant par Jules Verne) et ce qu’il peut désormais faire, ces vols
spatiaux ont créé un nouveau « décalage prométhéen », touchant aux limites de
son imagination.
Vue de la Lune invite à porter un regard critique et renouvelé sur notre
condition humaine et terrestre. Avec en filigrane cette question : à quoi cela
peut-il bien servir d’aller sur la Lune ?