« Le «White Spirit » n’est pas hors de nous, comme une simple force extérieure
oppressive. Il nous traverse, et nous concerne tous.tes intimement. Nous le
respirons, nous en héritons, nous nous débattons avec. Il n’est pas une essence,
plutôt un processus. Alors parlons-en. Interrogeons-le, invoquons-le,
disséquons-le, dans ses constantes et ses métamorphoses, affrontons-le et
déplions ses sémantiques, furieusement et joyeusement. » Marine Bachelot Nguyen
Sur l’invitation de Marine Bachelot Nguyen, six autrices passent au détergent
nos relations intimes et historiques à la blanchité, et font récit de leur
propre histoire et des oppressions systémiques liées au privilège blanc dans la
société française contemporaine. Françaises ou binationales, aux familles issues
de l’histoire de l’immigration, des diasporas et de la colonisation, les
autrices interrogent la question de l’appartenance à une culture et une langue
minorée par des structures dominantes, que ce soient les langues arabes, la
langue anishinabée ou le vietnamien. Elles racontent la violence de la charge
raciale qui s’insinue jusque dans les corps,et le phénomène de prise de
conscience de la racialisation. Dans leurs textes se font écho leurs rapports
aux oppressions systémiques et aux héritages subis, surgissent les fantômes
choisis, et les rapports Nord-Sud se heurtent à l’histoire colonialiste de
l’Occident.
« Parler de nos origines et cultures minorisées par l’histoire coloniale, rendre
hommage aux nôtres et les célébrer est une chose. Mais aborder frontalement la
blanchité, nommer les multiples visages de la domination, sa violence, ses
avatars, comment tout cela nous colle à la peau, nous infuse jusqu’à la moëlle
et nous concerne intimement, n’est pas toujours aisé. »