Combien de langues ont-elles été enregistrées tout au long de l’histoire de
l’humanité ? Combien de couleurs distinctes ces langues nomment-elles ? Combien
de temps verbaux utilisent-elles ? Possèdent-elles un alphabet ? Combien y
a-t-il de langues vivantes aujourd’hui ? Luis Sagasti compose un livre
inclassable et hypnotique, dans lequel il relate de brèves histoires, comme les
chansons que les soldats des deux camps entonnaient, sans raison apparente, à la
tombée du soir, dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, ou le
recensement des derniers locuteurs d’une langue, ou la correspondance frénétique
entre des traducteurs qui s’amusent à traduire une nouvelle de l’anglais vers
l’espagnol puis de l’espagnol vers l’anglais et de nouveau vers l’espagnol, et
ainsi de suite à l’infini ou presque. Ce sont souvent des histoires sur des
sujets connus, mais décrits d’un point de vue différent, comme un tableau de
Matisse, les taureaux de la grotte de Lascaux, ou les cinq mille cristaux de
neige photographiés par Wilson Bentley ; une entrée du journal d’Agota Kristof,
une mélodie de Nick Drake, Nadejda Mandelstam apprenant par cœur toute la poésie
de son mari interné en Sibérie ; les tribulations de Max Planck fuyant à travers
bois avec sa femme à presque quatre-vingt-dix ans. Ou encore des scènes privées,
comme le souvenir de l’écriture de son enfance ou la tentative de récupérer le
son de la voix de quelqu’un qui n’est plus là. Langues vivantes est un ciel
nocturne et généreux offert au lecteur pour qu’il le peuple d’étoiles, pour
qu’il y trace des lignes et, entre deux astres, commence à trouver un sens à
l’obscurité environnante.