La poésie n’est pas synonyme de lenteur. C’est un raccourci linguistique par
excellence. Les poèmes sont généralement courts ; ils constituent un
accélérateur de particules qui permet de sauter beaucoup de choses et d’aller
droit à l’essentiel. Le poète est un champion de la vitesse. La poésie a le
prestige de toute activité secrète, inutile et incompréhensible. Si elle n’était
pas aussi incompréhensible, elle n’aurait pas ce prestige. Et nous, poètes, ne
voyagerions pas comme nous le faisons. Il y a une veine spéculative dans ma
poésie, qui en accompagne une autre, plus vécue, souvent autobiographique.
J’aspire à une poésie qui, sans perdre ses racines dans le quotidien, ne se
limite pas à l’anecdote. À partir d’une expérience particulière, la poésie
parvient à illuminer une zone profonde de l’esprit. Être poète ne m’intéresse
pas le moins du monde. Ce qui m’importe, c’est écrire un livre de poèmes. On
n’est poète que lorsqu’on écrit de la poésie. Ensuite on cesse de l’être. Être
poète n’est jamais une profession. Fabio Morábito