Je sens que je suis, que nous sommes, sur un océan, par une nuit très longue,
plus longue que la nuit, un intervalle de temps tout noir, et il nous faut
écouter la voix d’Ishmael, écouter parler Queequeg, regarder la nuit étoilée
tout en lisant, ou avoir quelqu’un lisant tout haut, près de nous, le
chef-d’oeuvre de Melville, afin d’entendre l’âme de ce continent s’exprimant
dans toute sa grandeur, et toute sa misère, dans ces pages où l’étrange duel
entre Achab et Moby Dick se voit renouvelé, pendant que nous regardons depuis le
bateau. En pleine tempête.