Ni nouvelles ni essai ni récits ni poèmes, encore moins romans ou pièces de
théâtre, ses textes convoquent toutes ces formes pour les réarranger dans ce
qu’elle appelle son mobilier littéraire. Il en résulte des œuvres que leur
sophistication polymorphe rend inclassables et dans lesquelles l’auteure
interroge parfois avec humour parfois avec brutalité le statut d’une écriture au
féminin, de ses enjeux et de sa spécificité. Avec un apparent détachement – non
sans référence à la musique d’ameublement d’Éric Satie – Cléa Chopard s’attache
à mettre en œuvre une pensée de l’instabilité et du trouble en se basant sur des
sources diverses qui vont de l’histoire de la décoration à la critique
littéraire féministe, en passant par des problèmes de traduction, la littérature
féminine anglo-saxonne, l’histoire des maladies mentales et de la botanique. Ce
n’est donc pas un récit qui prend forme mais un espace habitable qui est
configuré avec son mobilier littéraire. A ce dispositif s’ajoute le fait que
tout élément de mobilier littéraire, comme son nom l’indique, est destiné à être
déplacé. Cléa Chopard ne se prive pas de le faire, puisque son écriture n’est
jamais vraiment séparée d’une pratique de la performance qu’elle nourrit et
suscite régulièrement.