La littérature grecque commence avec l'Iliade et finit avec l'Anthologie,
autrement dit l'Anthologie grecque, cette prodigieuse collection d'épigrammres
écrites entre le VIᵉ siècle avant notre ère et le VIᵉ après, soit (on l'oublie
trop souvent) la plus ancienne des anthologies, et le prototype de toutes celles
qui allaient suivre. Prélever seulement la fleur de cette collection, dont la
publication au seuil de l'époque moderne a été un éblouissement, offre déjà
matière à un livre extrêmement séduisant et divers, puisque dès l'époque
alexandrine, l'épigramme en vient à désigner tout poème court - amoureux,
narratif, descriptif, moral, comique - pourvu qu'il soit doté d'un corps élégant
et d'une âme pleine de subtilité. On sait cependant qu'en passant de la Grèce à
Rome, l'épigramme reçoit de Catulle l'ébranlement de la violence et de Martial
une mutation décisive, élargie et tout ensemble rétrécie au domaine de la satire
et surtout s'armant de la pointe en un nouvel "arte de torear". Dès lors la
piqûre est avec la brièveté le trait distinctif du genre. Ce qui ne le réduit
pas à la cruauté, puisque les poètes de la Renaissance et de l'âge baroque,
armés de la pointe latine, repartent à la conquête de la variété originelle. Et
le symbole de l'épigramme devient, selon Giambattista Marino, non pas tant la
guêpe que l'abeille, "au corset étroit, habile à planter son dard et à extraire,
de la piqûre, le miel". Voici donc deux millénaires d'épigrammes, de Simonide à
John Owen : un parcours fulgurant et tonique, pour la première fois donné en
version originale et en traduction française.